première rencontre
1 / l’homme
“Je suis vraiment heureux que tu… que vous… je peux vous tutoyer ?”
En face de lui, la femme hoche la tête, silencieuse.
“Je suis vraiment heureux que tu aies accepté ce rendez-vous. C’est pas facile, ces applications de rencontre, c’est ma petite nièce qui m’a conseillé ça, mais franchement… Enfin, tu dois savoir ce que c’est, je vais pas épiloguer là-dessus.”
Il a un petit rire, puis il reprend : “C’est étrange comme lieu, je sais, le café du hall de la gare, mais, je ne sais pas, je me disais que… que tu voudrais sans doute te sentir en sécurité, entourée, et avec les caméras qu’il y a partout, si jamais je suis en fait un agresseur… enfin non, pas du tout, ce n’est pas ce que je veux dire, tu sais bien que j’ai les plus nobles intentions. Simplement, j’essaie de me mettre à ta place.”
Il essuie discrètement d’un revers de main la petite goutte de sueur qui perle à sa tempe gauche.
“Enfin voilà, ravi de te rencontrer, Annie, si tu veux commander quelque chose à boire, c’est moi qui offre.”
2 / la femme
Ils sont fascinants, ces français. Ils ont tous l’air pressé, parfois même hautain, mais ils dégagent néanmoins tous une certaine classe. Oh, mon Dieu, en voilà un qui s’assoit en face de moi. Ah, pas le plus charmant de ceux que j’ai pu apercevoir aujourd’hui. Il me parle, je lui souris. Je ne comprends pas un traître mot de ce qu’il me raconte. Mais il a l’air gentil. Je hoche doucement la tête.
Il continue de parler. Les “r” râclés donne vraiment à cette langue une sonorité particulière. Peut-être que ça se fait, en France, de s’installer à une table déjà occupée. Il faut que je m’habitue à leurs coutumes. Comme par exemple, celle de ne pas faire la queue, en doublant la file ou en en commençant une nouvelle. Ou encore, celle de ne pas laisser les gens sortir du train avant d’y monter.
Le voilà qui rigole. Je réalise soudain que je le laisse parler tout seul depuis un moment. Je panique un peu, et je me mets à rire avec lui. Il ne semble pas s’inquiéter de mon silence, cependant. Ça commence à devenir bizarre, je vais bien devoir finir par lui faire comprendre que je ne parle pas français.
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